Le Crépuscule des Jours

Chronique poétique et visuelle des jours qui passent...

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Pas encore...

 

 

León avait pris le temps de trouver l’angle exact à la trame de son prochain tableau.

D’habitude, l’inspiration sortait des ruines. Là, il s’absorbait dans la contemplation de ce temple dédié à la mémoire. « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante » pouvait-il lire à son fronton.

Le monument n’était pas en ruine pour le moins, affichant l’ambition de sa splendeur.

 

« Pas encore », se dit le peintre. Viendrait sans doute un temps, où, tels des fétus d’arrogance, d’autres viendraient étudier – ne l’avons-nous pas fait nous-mêmes fouillant les traces de civilisations oubliées – notre fierté et notre gloire, s’étonnant peut-être d’une culture ignorant une moitié de l’humanité, dont seules quatre représentantes avaient été timidement ajoutées.

Il pensa à Pierre Leroux, un des premiers à avoir critiqué une société qui ne faisait guère cas de ses représentantes féminines et de ses enfants, en un XIXe siècle bouleversé par les partisans de la liberté et ceux de l’égalité. Pierre, lui-même, ne négligeant ni l’une, ni l’autre, les considéraient comme fondamentales. Aussi il prônait la fraternité, ciment nécessaire à ces deux grands principes qui ne cessaient de se combattre. « Et se combattent encore », pensa León, soupirant après des rêves de justice sociale qui n’avaient pas encore vu le jour. Verrait-il seulement l’avènement d’une telle épiphanie quand il devait constater, le cœur serré, que la haine reprenait du service. Il avait connu cela en Espagne. Il s’était réfugié avec ses parents en cette France qui, aujourd’hui, sous le prétexte fallacieux de protection, s’enfermait dans l’ignorance d’elle-même et de ses valeurs pour lesquelles tant avait combattu dans le

monde entier.

 

La fraternité ! Pourquoi oubliait-on toujours la fraternité ?

 

Il tourna le dos au Panthéon, descendit la rue Soufflot, pris la rue de Vaugirard, pour se rendre, le cœur paisible et le pas assuré, au Cimetière Montparnasse, dans une allée de la neuvième division. 

Il se promenait entre les tombes, se recueillant à plusieurs reprises devant la sépulture d’hommes connus ou inconnus inscrits au panthéon de la mémoire du monde pour simplement avoir vécu. Il oublia l’heure et dut s’en retourner sans avoir pu rendre hommage au philosophe : le cimetière fermait ses portes. « Je reviendrai demain » promit-il à Leroux.

 Ecrit par Marine Arena-Crabbé / Vidéo de Jean-Luc Cormier

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